Spectacle Archive

W-Munkáscirkusz

2004

En hongrois avec surtitres français et anglais



Prix régulier /

Árpád Schilling (Hongrie)

Ô combien intense fut la courte existence de Georg Büchner (1813-1837), poète et dramaturge allemand ! Auteur d’une nouvelle, Lenz, de trois pièces de théâtre magistrales, La mort de Danton, Léonce et Léna et Woyzeck, il fut également l’instigateur d’une révolution clandestine, collaborateur pour de nombreux journaux, étudiant en médecine, docteur en philosophie et professeur d’anatomie comparée !

S’inspirant de la pensée de Hobbes, selon laquelle l’homme est un loup pour l’homme, son Woyzeck (écrit en 1836) s’inscrit comme le chef d’œuvre du théâtre romantique allemand. Les thèmes de l’obsession de la mort et de la sexualité, représentatifs de ce mouvement, traversent le texte. Son héros, soldat misérable qui ressasse son horreur de vivre dans un monde dont il ne comprend ni le sens ni la justification, s’exprime dans une langue pauvre et brisée. Jouet des puissances sociales et de son propre délire, humilié et jaloux, il sera poussé au crime passionnel lorsque son unique certitude, l’amour d’une femme, s’écroulera…

La dimension inachevée et fragmentaire de la pièce de Büchner rend impossible toute interprétation définitive, confondant les metteurs en scène dans une multitude d’hypothèses dramaturgiques et leur offrant une entière latitude d’écriture scénique. Manifeste de la modernité artistique, cette énigme théâtrale fit de Büchner le précurseur de tous les auteurs allemands du XXe siècle, de Bertolt Brecht à Heiner Müller. Objet d’innombrables adaptations à l’opéra, sur scène et à l’écran, Woyzeck  demeure une interrogation inquiète sur l’humanité.

« Il devait être bien fâché, le bon Dieu, d’avoir craché une planète aussi laide », gémit l’un des personnages. Cette colère divine semble partagée par le jeune metteur en scène Arpad Schilling, fils d’ouvrier, qui puise son énergie rageuse dans les rapports de force et les inégalités sociales qui minent la Hongrie. Artiste provocateur en pleine ascension, il propose une performance où domine l’action physique et dans laquelle les imprécations de Büchner se mêlent aux vers du poète hongrois Attila József (1905-1937), qui est l’auteur de la citation portant sur Dieu. Sa poésie subversive illustre les thèmes de la pauvreté, de la souffrance et de la solitude mais aussi, d’un certain espoir envers un monde plus humain.

Munkáscirkusz signifie « Cirque des travailleurs ». « Travailleurs » parce que Woyzeck en est un, un tout petit prolétaire, torturé, mis à nu, ramené à l’état animal, sans défense en face de Dieu, des autres et de la société. Et « cirque », parce qu’une fois que les fauves sont lâchés, tout peut arriver…

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Crédits

Texte Woyzeck Georg Büchner et des poèmes d’Attila József
Mise en scène Árpád Schilling
Production Krétakör Színház

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