Spectacle Archive

Abel et Bela

2004



Prix régulier /

Jean-Marie Papapietro (Montréal)

Pinget abhorrait tous les courants, toutes les modes et tous les excès théoriques qui entouraient la dramaturgie. Ayant écrit dans l’ombre de Beckett, il partagera avec ce dernier un sens extraordinaire de l’économie des mots, en plus de l’angoisse commune du « pourquoi écrire ». Comme Beckett, Pinget favorisait un théâtre de l’action minimale, qui n’invitait pas au spectaculaire mais plutôt au jeu de l’acteur, base essentielle de cet art.  Autant  dans la retenue que dans la démesure, son écriture fut marquée par une lucidité déclinée sur tous les tons : humour, désespoir et fantaisie ont jalonné son œuvre.

Avouant avoir écrit Abel et Bela pour se délasser, Pinget y voyait également l’occasion de rédiger un dialogue qui permettrait aux comédiens de montrer toutes les facettes de leur art.  Deux voix, pour qu’il y ait réplique, pour que l’écriture s’invente.  Sur scène, deux acteurs ont le projet d’écrire une pièce de théâtre. Tentative ardue, pour ces deux créateurs dépourvus d’inspiration créatrice ou de véritable message à transmettre et qui pataugent dans toutes les idées reçues, passant ainsi d’un cliché à l’autre sur ce que devrait être le théâtre. Mais c’est l’emballement d’Abel et le scepticisme de Bela, de même que la succession de leurs tâtonnements, qui finissent par devenir le sujet du drame : leur échec constitue la genèse de la pièce! Car l’enjeu repose davantage sur la tentative de dire que sur ce qui est dit en réalité.

Afin de rendre brillante toutes les tonalités et la justesse rythmique du texte de Pinget, Papapitro a fait appel à Denis Gravereaux et Gaétan Nadeau. Avec virtuosité et complicité, ils endossent les rôles d’Abel et de Bela, héritiers de Don Quichotte et de Sancho Pança, de Vladimir et d’Estragon, et poursuivent la lignée des éclopés magnifiques et émouvants qui avancent par deux, de ces personnages-miroirs qui éprouvent le besoin impérieux de parler, même s’ils ne sont pas persuadés d’avoir quelque chose à dire…

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Crédits

Texte Robert Pinget
Mise en scène Jean-Marie Papapietro
Production Théâtre de Fortune

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