Les Marchands

Paris
Compagnie Louis Brouillard
10, 11, 12, 13 juin


Une voix, celle d’une femme ouvrière dans une grande industrie, raconte l’amitié pour sa voisine sans travail, la misère et les rêves de celle-ci. Elle raconte aussi l’usine menacée de disparition, la menace du chômage, son mal de dos paralysant.

Sur scène, des ombres, des lumières, des bruits, des musiques, des corps en travail, ceux des acteurs, qui complètent la parole, la remettent en question, la démentent.

Avec une redoutable efficacité, dans la rencontre de ces dimensions de la représentation - la parole, les images, les sons - Joël Pommerat crée une œuvre de scène complète et unique. Sur un mode poétique, il écrit une partition alliant tous les ressorts de l’art théâtral  et qui trouve son sens bien au-delà des mots et du simple traitement d’un sujet. Il produit une œuvre ouverte où l’imagination du spectateur participe activement à la construction du sens.

Les Marchands questionne notre rapport au travail. Car dans un monde où la seule valeur reconnue est la rentabilité économique :« Nous sommes pareils à des commerçants, des marchands. Nous vendons notre travail. Nous vendons notre temps. » Notre identité se bâtit sur notre force de travail.

Bien qu’il s’inscrive dans le réel, le théâtre de Joël Pommerat ne tombe jamais dans la démagogie.  C’est par l’intime qu’il appréhende le monde et les préoccupations de notre époque. Aboutissement d’une trilogie amorcée avec Au monde (2004) et D’une seule main (2005), la production Les Marchands connaît un succès éclatant partout où elle passe.

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Nous avions découvert l’écriture de Joël Pommerat il y a plus de dix ans avec Treize étroites têtes, dont il avait monté des extraits  avec des acteurs d’ici dans le cadre des Ateliers France-Québec. Il est une des voix les plus singulières du théâtre français actuel, autant sur le plan littéraire que scénique. La beauté noire et furtive de ses spectacles me coupe le souffle. Sa compagnie est tellement en demande que nous avons dû patienter des années avant de présenter Les Marchands. Mais l’attente en valait le coup!
C’est une chance d’être à nouveau invité au Carrefour où je suis déjà venu en 1998. Pouvoir évoluer au fil des ans, rebondir et se confronter à la réception des différents publics est toujours très enrichissant. Garder le fil que nous tissons entre des villes étrangères est primordial. Cela donne un sens à mon travail.

Joël Pommerat

Texte et mise en scène : Joël Pommerat
Interprétation : Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Lionel Codino, Eric Forterre, Murielle Martinelli, Ruth Olaizola, Jean-Claude Perrin, Marie Piemontese
Scénographie et lumière : Éric Soyer
Suivi de la réalisation scénographique et accessoires : Thomas Ramon
Costumes : Isabelle Deffin
Implantation sonore et réalisation de l’écriture sonore : François Leymarie
Recherche sonore et régie son : Grégoire Leymarie
Direction technique : Emmanuel Abate
Régie plateau : Pierre-Yves Leborgne, Mathieu Mironnet
Assistanat à la lumière et à la régie lumière : Jean-Gabriel Valot
Machiniste-électro : Céline Foucault
Production : Compagnie Louis Brouillard
Coproduction : Espace Malraux - Scène nationale de Chambéry, Théâtre National de Strasbourg, Centre Dramatique national de Normandie - Comédie de Caen, Centre Dramatique national d’Orléans-Loiret-Centre, Théâtre Paris-Villette, Théâtre Brétigny - Scène conventionnée du Val d'Orge, Arcadi - Action régionale pour la création artistique et la diffusion en Île-de-France

Les Marchands

Avec Les Marchands, Joël Pommerat clôt une trilogie amorcée avec Au monde (2004) et D’une seule main (2005), qui pose son regard sur le pouvoir, ceux qui l’exercent et ceux qui le subissent. Cette fois, c’est le monde du travail qui est amené sur le plateau, à travers le récit d’une ouvrière qui se souvient de son amitié pour une femme ensevelie sous le manque d’argent, habitant un grand appartement vide. Une femme sans travail, qui entretient une étrange relation avec le monde des morts, prête à commettre un énorme sacrifice pour sauver l’usine du quartier menacée de fermeture.

Cette comédie noire fait entendre la parole des hommes et des femmes aliénés par le travail, une valeur considérée essentielle à la stabilité de l’ordre social, qui paradoxalement permet de vivre et tue à la fois. Ces marchands de leur corps n’ont rien d’autre à vendre que leur force de travail. Leur vie devient une ultime marchandise. Comme la narratrice qui célèbre sa chance de travailler, à la différence de son amie, mais dont le corps se trouve enfermé dans un corset de plus en plus contraignant à force d’exécuter les mêmes gestes à l’usine.

Les Marchands va toutefois bien au-delà de la simple chronique de la misère.  Parce  que l’histoire est présentée de deux manières simultanément : par une voix off, la parole de la narratrice, et une succession de scènes muettes qui ne sont pas simplement illustratives, mais qui ajoutent au récit et le démentent parfois, rendant compte de la complexité du réel. Il en résulte une œuvre scénique impressionniste qui, superposant les faits et leur perception subjective, se complète dans la rencontre entre le public et son imaginaire. Pour Joël Pommerat, c’est donc le spectateur qui est le lieu de la révélation : « Je cherche une rencontre mais je ne fais qu’une partie du chemin. J’essaie de composer une partition scénique où son imagination peut s’épanouir. J’aimerais qu’il soit comme un lecteur qui crée son univers à partir des mots d’un roman, car ces visions projetées, nées des profondeurs de l’être par une alchimie singulière, sont très puissantes émotionnellement. »

Dans le processus de création de Joël Pommerat, le propos et la forme sont indissociables. Ne mettant en scène que ses propres œuvres, il a inventé un langage scénique unique et personnel dans lequel tous les éléments sensibles d’un spectacle font partie intégrante de l’écriture. La dramaturgie de Joël Pommerat est faite de paroles, de lumière, de sons, de corps, de gestes qui créent un ensemble cohérent poétique et mystérieux, ciselé avec une justesse et une précision dignes d’un travail d’orfèvrerie. Le dispositif scénique (décor, costumes, éclairages, environnement sonore) doit donc être élaboré dès le début des répétitions. L’art de la scène étant pour lui une affaire collective, il fait toujours alterner les étapes d’écriture en solitaire et les ateliers de création avec les comédiens. Il travaille d’ailleurs avec la même équipe depuis des années et s’est engagé à créer une pièce par année pour garder ses acteurs. Pour lui, ils « font partie du poème ». Ils sont bien davantage que des interprètes.

Auteur et metteur en scène, Joël Pommerat a fondé en 1990 la Compagnie Louis Brouillard qui est en résidence au Théâtre de Brétigny depuis 1997 et au Théâtre des Bouffes du Nord depuis 2007. Il a une quinzaine de pièces à son actif, dont Pôles (1995), Treize étroites têtes (1997), qui fut l’objet d’une mise en espace lors du passage de Joël Pommerat au Carrefour 1998, Mon ami (2001), Cet enfant (2003), Au monde (2004), D’une seule main (2005), et Les Marchands (2006), lauréate du Grand Prix de la littérature dramatique 2007.

 

En français

Théâtre de la Bordée
10 juin [20 h] 11 juin [21 h] 12 juin [21 h] 13 juin [20 h]
Durée : 2 h

Rencontre avec les artistes le mercredi 10 juin, après la représentation


Avec le soutien du Conseil des Arts du Canada

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